Ces guides informent, ils ne remplacent pas l'avis d'un médecin, d'un dermatologue ou d'un podologue. Un symptôme qui dure, une douleur ou un changement de couleur justifient une consultation.
Maladie des ongles ou simple marque : la première question
Une maladie des ongles se reconnaît d’abord à un changement durable : couleur, épaisseur, forme, surface ou attache de l’ongle à la peau. La grande majorité des marques que l’on remarque sur ses ongles, comme une petite tache blanche ou de fines stries, sont pourtant banales. Ce dossier vous aide à faire la différence, à décrire ce que vous voyez et à savoir à qui le montrer.
Les ongles sont un bon témoin, mais un mauvais devin. Ils gardent la trace de ce qui leur arrive pendant des mois : un choc, une fièvre, une dépose trop agressive, un produit qui ne leur convient pas. Ils peuvent aussi changer avec une maladie de peau, une infection ou, plus rarement, une maladie générale. Mais un même aspect peut avoir des causes très différentes, et seul un professionnel de santé peut trancher.
Ce dossier est écrit par l’équipe pédagogique de nailformation.fr, qui forme des prothésistes ongulaires. Il ne remplace pas une consultation. Il s’appuie sur des sources médicales citées en clair : la Société française de dermatologie et son site grand public Dermato-Info, Ameli, l’INRS, l’ANSM et la réglementation européenne sur les cosmétiques.
Comment est fait un ongle, et pourquoi c’est utile
Pour comprendre ce que vous voyez, quatre repères suffisent.
- La matrice fabrique l’ongle, sous la peau à sa base. Sa partie visible est la lunule, la demi-lune blanchâtre. Tout ce qui l’abîme se lit ensuite dans l’ongle qui pousse. Le guide lunules des ongles détaille cette zone.
- La tablette est l’ongle lui-même : des couches de kératine, sans nerfs ni vaisseaux. Elle est translucide quand elle est saine.
- Le lit de l’ongle, sous la tablette, est rose parce qu’il est très vascularisé. L’ongle y est solidement attaché.
- Les replis de peau, autour, et la cuticule, protègent la matrice des germes et des irritants.
Un ongle de main pousse d’environ 3 mm par mois et se renouvelle en 4 à 6 mois ; un ongle d’orteil met 12 à 18 mois. Deux conséquences pratiques. D’abord, une marque située au milieu de l’ongle raconte un événement vieux de plusieurs semaines. Ensuite, un ongle abîmé ne se répare pas : il est remplacé par la pousse. Aucun soin ne change l’ongle déjà visible ; il protège seulement celui qui arrive.
Les signes à observer, un par un
Regardez vos ongles en lumière naturelle, mains et pieds, et notez ce qui a changé. Pour chaque signe, un guide détaillé vous attend.
Les changements de couleur
- Taches blanches : le plus souvent un petit choc sur la matrice, des semaines plus tôt. Plus rarement une mycose superficielle ou une autre cause. Guide : tache blanche sur les ongles.
- Ongle blanc laiteux : souvent un ongle déshydraté après une dépose, parfois un décollement ou une mycose. Guide : ongle blanc laiteux.
- Ongle jaune : vernis sans base, tabac, âge, mais aussi mycose ou psoriasis. Guide : ongle jaune.
- Tache verte sous un gel : une bactérie dans l’humidité piégée sous un produit décollé. Guide : infiltration de l’ongle.
- Bande brune ou noire dans la longueur de l’ongle, sans choc : à montrer rapidement à un dermatologue. La plupart sont bénignes, mais seul un examen peut l’établir.
- Tache rouge ou noire après un choc : un hématome sous l’ongle, qui avance avec la pousse. Une douleur forte ou un doute justifient de consulter.
Les changements de surface et de forme
- Stries verticales fines : très fréquentes avec l’âge et la sécheresse. Sillons horizontaux : un épisode passé, comme une fièvre ou un choc. Guide : ongles striés.
- Petites dépressions en dé à coudre : un signe que Dermato-Info décrit dans le psoriasis de l’ongle. Dermatologue.
- Ongle creusé en cuillère : parfois lié à une carence en fer, parfois sans cause. Médecin traitant.
- Ongle bombé, doigts en baguette de tambour : à signaler à votre médecin, surtout avec un essoufflement.
Les changements de solidité et d’épaisseur
- Ongles cassants : eau, détergents, froid, limage, déposes. Guide : ongles cassants.
- Ongles mous : souvent trop d’eau ou une tablette amincie par les poses. Guide : ongle mou.
- Ongles qui se dédoublent en feuillets au bout. Guide : ongles qui se dédoublent.
- Ongle épais, surtout au gros orteil : âge, chocs, mycose, psoriasis. Guide : ongle épais.
La Société française de dermatologie regroupe les ongles cassants, mous, fissurés, friables, dédoublés et fins sous le nom de fragilité unguéale. Sa fiche patient « Ongle fragile », rédigée pour le Groupe Ongle, indique qu’elle touche environ 20 % de la population, et que la plupart du temps on ne retrouve aucune cause particulière.
Le décollement
- Ongle qui se décolle de son lit (onycholyse) : choc, ongles longs, poses, réaction aux produits, mycose, psoriasis. Guide : ongle décollé.
La peau autour de l’ongle
- Rougeur, gonflement, douleur, pus autour de l’ongle : une infection possible (panaris, périonyxis). Ameli décrit le panaris comme une infection due à des bactéries introduites par une petite plaie. Consultation rapide.
- Démangeaisons, cloques, peau qui pèle autour des ongles après une pose de gel ou de semi-permanent : une allergie aux acrylates possible. Guide : allergie au gel et au semi-permanent.
- Ongle d’orteil qui rentre dans la peau, avec douleur et rougeur : un ongle incarné. Ameli indique que le pédicure-podologue intervient dans sa prise en charge.
Les maladies des ongles les plus fréquentes
La mycose de l’ongle (onychomycose)
C’est la première maladie de l’ongle chez l’adulte. Dans un communiqué du 20 avril 2026, la Société française de dermatologie indique qu’elle touche près de 10 % de la population, surtout aux pieds et en particulier au gros orteil. Elle se manifeste par un épaississement, une coloration jaunâtre ou une fragilisation de l’ongle. L’âge, le diabète, les troubles circulatoires, la chaleur et l’humidité, les chaussures fermées toute la journée la favorisent, et la transmission se fait souvent dans les lieux collectifs comme les piscines ou les vestiaires. Aux mains, ce sont plutôt des levures et des moisissures qui sont en cause.
Le message le plus important de ce communiqué : les mycoses ne représentent qu’environ un cas sur deux parmi les anomalies de l’ongle. Le psoriasis et les traumatismes donnent des aspects proches. Le dermatologue cité, le Dr Olivier Cogrel, recommande que le diagnostic soit confirmé par un examen mycologique avant d’engager un traitement, qui est prolongé. La repousse complète de l’ongle peut prendre de 6 à 18 mois, et les récidives sont fréquentes. Ameli rappelle de son côté que le traitement est prescrit par le médecin et s’étale sur plusieurs mois.
Ce qu’il faut retenir : ne pas s’autodiagnostiquer, ne pas acheter de traitement au hasard, et montrer l’ongle à un médecin.
Le psoriasis de l’ongle
Dermato-Info explique que dans le psoriasis, les ongles peuvent présenter de légères déformations « à l’image d’un dé à coudre », s’épaissir, se déformer ou se décoller, et que l’atteinte des ongles peut être la seule manifestation de la maladie chez certaines personnes. Le même site précise que l’atteinte des ongles est souvent associée à l’arthrite psoriasique et en constitue un facteur de risque. Des douleurs articulaires associées sont donc à signaler. Le psoriasis unguéal relève du dermatologue.
Les infections bactériennes
Le panaris et le périonyxis touchent la peau autour de l’ongle : rougeur, chaleur, gonflement, douleur, parfois pus. Ils relèvent du médecin, rapidement. Sous l’ongle, la bactérie Pseudomonas aeruginosa donne une coloration verte typique, souvent sous un gel décollé.
L’eczéma et l’allergie de contact
Un eczéma des mains peut abîmer les ongles et les replis. L’allergie de contact aux acrylates des gels et semi-permanents a beaucoup progressé avec les poses à domicile. Elle a conduit l’Union européenne à réserver aux professionnels, depuis 2021, les produits pour ongles contenant du HEMA ou du di-HEMA trimethylhexyl dicarbamate (règlement 2020/1682), avec la mention « Peut provoquer une réaction allergique ». Depuis le 1er septembre 2025, le photo-initiateur TPO est en outre interdit dans tous les cosmétiques (règlement 2025/877).
Les lésions à montrer rapidement
Une bande foncée longitudinale sans choc, une tache noire qui déborde sur la peau, une lésion qui saigne ou une déformation qui progresse sur un seul ongle se montrent rapidement à un dermatologue. La plupart de ces lésions sont bénignes, mais elles demandent un examen.
Les ongles des pieds, un cas à part
Les ongles des pieds poussent trois fois moins vite que ceux des mains, vivent enfermés dans la chaussure, au chaud et à l’humidité, et encaissent un choc à chaque pas. C’est pourquoi la mycose, l’épaississement, le décollement et l’ongle incarné y sont bien plus fréquents. Un ongle de gros orteil épais et un peu jaune chez une personne âgée n’a pas la même signification qu’un ongle de main qui change en quelques semaines.
Deux situations demandent une attention particulière. Chez une personne diabétique, une petite plaie, une rougeur ou un ongle incarné peuvent s’aggraver vite : Ameli insiste sur le suivi régulier des pieds par un professionnel, et ces situations relèvent du pédicure-podologue ou du médecin, pas d’un soin esthétique. Chez un sportif, un ongle noir après une course en descente est souvent un hématome, mais une tache foncée qui ne suit pas la pousse se montre à un dermatologue.
Tableau d’orientation : quel signe, quel professionnel
| Signe | Fréquent et souvent banal | À montrer à |
|---|---|---|
| Petites taches blanches isolées | Oui | Personne, sauf si elles se multiplient |
| Stries verticales fines | Oui, avec l’âge | Personne, sauf strie unique ou foncée |
| Sillon horizontal sur plusieurs ongles | Après une maladie | Médecin traitant si aucune explication |
| Ongle jaune lisse après vernis | Oui | Personne |
| Ongle jaune, épais, friable | Non | Dermatologue, médecin ou podologue |
| Tache verte sous un gel | Non | Médecin, après dépose |
| Ongle qui se décolle | Parfois mécanique | Dermatologue si ça progresse |
| Dépressions en dé à coudre | Non | Dermatologue |
| Bande brune ou noire sans choc | Non | Dermatologue rapidement |
| Rougeur, pus, douleur autour de l’ongle | Non | Médecin rapidement |
| Démangeaisons et cloques après une pose | Non | Dermatologue |
| Tous les ongles qui changent | Non | Médecin traitant |
| Ongle de pied épais ou incarné | Oui avec l’âge | Pédicure-podologue |
Ce tableau aide à décrire vos ongles à un professionnel. Il ne remplace pas un examen.
Qui consulter, et comment préparer la consultation
- Le médecin traitant est le premier recours : il examine, prescrit si besoin un bilan, et oriente.
- Le dermatologue est le spécialiste des maladies de l’ongle et de la peau autour. La Société française de dermatologie dispose d’ailleurs d’un groupe thématique dédié, le Groupe Ongle.
- Le pédicure-podologue prend en charge les ongles des pieds : coupe des ongles épais, ongle incarné, réduction d’épaisseur, suivi du pied diabétique.
- Le pharmacien peut donner un premier avis et vous orienter.
Pour la consultation, apportez des photos de l’ongle prises sous la même lumière à quelques semaines d’intervalle, la liste de vos traitements, la date des dernières poses ou déposes et, si une pose est en cause, le nom des produits utilisés. Si possible, venez sans vernis ni pose : le médecin doit voir l’ongle.
Ce qui relève de la pose, ce qui relève du médecin
C’est la frontière la plus importante de ce dossier, pour les clientes comme pour les prothésistes.
Relèvent de la pose : la préparation de l’ongle, la marge entre le produit et la peau, la catalyse complète, les intervalles d’entretien, la longueur, la dépose sans arrachage, l’hygiène du matériel. Beaucoup d’ongles abîmés, mous, striés, tachés ou décollés le sont à cause de ces gestes, et beaucoup s’améliorent quand on les corrige. Une base de gainage peut aussi masquer et protéger un ongle strié ou fragile mais sain.
Relèvent du médecin, du dermatologue ou du podologue : le diagnostic d’une mycose, d’un psoriasis, d’une infection, d’une allergie ou d’une maladie générale ; tout traitement, même local ; la décision d’un complément alimentaire ; la réduction d’un ongle de pied pathologique.
Aucun produit de pose ne soigne un ongle. Recouvrir un ongle malade cache son évolution et peut l’aggraver.
Prothésistes : quand refuser ou reporter une pose
Vous êtes la première personne à regarder les mains de vos clientes de près, souvent avant tout médecin. Ce n’est pas un rôle de diagnostic, c’est un rôle de vigilance.
Refuser la pose et orienter quand vous observez :
- un ongle décollé de son lit, même partiellement ;
- une coloration verte, jaune foncé, brune ou noire inexpliquée ;
- un ongle épaissi, friable, poudreux ;
- des dépressions en dé à coudre ;
- une bande foncée longitudinale ;
- une rougeur, un gonflement, une plaie, du pus ou une douleur autour de l’ongle ;
- une réaction (démangeaisons, cloques, gonflement) après une pose précédente.
Reporter la pose quand l’ongle est aminci au point de plier, quand la peau autour est irritée ou coupée, ou quand un doute persiste. On propose une nouvelle date après avis médical.
Dans tous les cas : ne nommez pas de maladie, expliquez que vous préférez un avis médical avant de recouvrir l’ongle, notez l’observation et la date sur la fiche cliente, et désinfectez ou stérilisez tout le matériel utilisé. Pour vous-même, l’INRS rappelle dans son dossier TC 117 que les gants en latex laissent passer le méthacrylate et que des gants en nitrile changés après chaque cliente sont un bon compromis.
Ces réflexes sont au programme de la formation hygiène et santé de l’ongle : circuit propre et sale, stérilisation, anatomie, et les signes qui imposent de refuser une pose, filmés en macro. Pour limiter les ongles abîmés à la source, la mini-formation dépose rapide en 10 minutes montre une dépose qui ne gratte pas la tablette, et le module vernis semi-permanent pro reprend la préparation et la marge à la peau.
Prendre soin d’ongles sains
Quelques gestes simples, recommandés par la fiche « Ongle fragile » de la Société française de dermatologie et par Ameli, protègent les ongles au quotidien :
- Gants pour le ménage et la vaisselle, une paire en coton sous une paire en nitrile si vos ongles sont fragiles.
- Lavages de mains sans excès, savon doux, crème ensuite.
- Ongles plutôt courts, limés dans un seul sens avec une lime fine.
- Cuticules repoussées doucement, jamais coupées ni attaquées par des produits : elles protègent la matrice.
- Huile pour ongles et cuticules le soir.
- Base sous le vernis, dissolvant sans acétone, et 48 heures sans vernis de temps en temps.
- Ongles des pieds coupés droit, sans creuser les coins, pieds bien séchés, chaussures à la bonne taille, sandales à la piscine.
- Poses espacées et déposes douces.
Signaler un effet indésirable après une pose
L’ANSM est chargée de la cosmétovigilance en France. Si une réaction apparaît après l’utilisation d’un produit pour ongles, elle peut être déclarée, par vous ou par votre médecin, sur le portail de signalement des événements sanitaires indésirables du ministère de la Santé. Notez la marque, le nom et le numéro de lot du produit.
Sources consultées
- Société française de dermatologie, Groupe Ongle, fiche patient « Ongle fragile » (Dr C. Arnal).
- Société française de dermatologie, communiqué du 20 avril 2026 « Mycoses des ongles : 1 Français sur 10 concerné ».
- Dermato-Info (Société française de dermatologie), « Tout savoir sur le psoriasis ».
- Ameli : mycose cutanée (consultation et traitement), ongle incarné, panaris, suivi des pieds de la personne diabétique.
- INRS : page métier « Soin et prothésie ongulaire » et dossier médico-technique TC 117.
- ANSM : cosmétovigilance.
- Règlements (UE) 2020/1682 (HEMA, di-HEMA) et 2025/877 (TPO).
- Manuels MSD pour le grand public, « Onychomycose ».
L’essentiel sur les maladies des ongles
La plupart des marques sur les ongles sont banales : petites taches blanches, stries fines, ongle jauni par le vernis. Une maladie des ongles se signale par un changement durable de couleur, d’épaisseur, de surface ou d’attache, ou par une peau malade autour. La mycose est la plus fréquente, mais elle ne représente qu’environ la moitié des cas : un examen passe avant tout traitement. Médecin traitant, dermatologue ou podologue selon le signe, et aucune pose sur un ongle qui change.